Le développement personnel : panorama des méthodes, des figures principales et des promesses

Un inventaire neutre, sans affiliation ni promotion

Introduction : pourquoi cet inventaire ?

Le développement personnel est un marché florissant. Des millions de livres vendus, des stages à plusieurs milliers d’euros, des applications de méditation, des coachs, des gourous, des méthodes. Un océan de promesses, de techniques, de recettes.

Cet article est un inventaire. Ni promotion, ni critique. Je n’ai aucune affiliation avec les auteurs, les coachs ou les méthodes cités. Je ne touche pas un centime sur les liens. Je partage simplement ce que j’ai trouvé, pour que vous puissiez voir l’ensemble du rayon d’un seul coup d’œil.

L’objectif n’est pas de dire ce qui marche. L’objectif est de recenser ce qui existe. À vous de vous faire votre idée.


Méthodologie

Les méthodes sont classées par grandes familles. Pour chacune, je cite les trois figures de proue (les plus emblématiques), puis j’élargis à dix noms associés pour donner une idée de l’écosystème. Les liens renvoient vers Wikipédia (version française quand elle existe, anglaise sinon), vers le site officiel de l’auteur, ou vers sa page éditeur. En l’absence de ces sources, la page auteur Amazon est utilisée en dernier recours.


1. La pensée positive et la loi d’attraction

Figures de proue : Rhonda Byrne (Le Secret), Napoleon Hill (Réfléchissez et devenez riche), Norman Vincent Peale (La puissance de la pensée positive)

Promesse centrale : « Attirer l’abondance par la pensée. Ce que vous visualisez se manifeste. »

Format : Livres, DVD, stages, retraites.

Prix indicatif : 15 € (livre) à 5 000 € (retraite).

Autres figures : Esther et Jerry Hicks, Mike Dooley, Joe Vitale, Bob Proctor, John Assaraf, Jack Canfield, Wayne Dyer, Louise Hay, Gabrielle Bernstein, Florence Scovel Shinn.

Œuvres de référence : Le Secret (2006), Réfléchissez et devenez riche (1937), La puissance de la pensée positive (1952).


2. La psychologie positive

Figures de proue : Martin Seligman (La force de l’optimisme), Mihaly Csikszentmihalyi (Vivre : la psychologie du bonheur), Barbara Fredrickson

Promesse centrale : « Cultiver ses forces pour atteindre le bonheur durable. »

Format : Livres, formations universitaires, conférences, coaching.

Prix indicatif : 20 € (livre) à 2 000 € (formation).

Autres figures : Sonja Lyubomirsky, Robert Emmons, Jonathan Haidt, Tal Ben-Shahar, Shawn Achor, Angela Duckworth, Carol Dweck, Daniel Gilbert, Ed Diener, Christopher Peterson.

Œuvres de référence : Authentic Happiness (2002), Flow (1990), La force de l’optimisme (1991).


3. Le coaching et la PNL

Figures de proue : Tony Robbins, Richard Bandler (co-créateur de la PNL), John Grinder (co-créateur)

Promesse centrale : « Libérer votre potentiel, transformer votre vie. »

Format : Séances individuelles, stages, programmes en ligne, retraites.

Prix indicatif : 500 € (séance) à 10 000 € (programme).

Autres figures : Thomas Leonard, Werner Erhard, Brian Tracy, David Laroche, Max Piccinini, Franck Nicolas, Vincent Lenhardt, Alain Cardon, Pierre Blanc-Sahnoun, David Lefrançois.

Œuvres de référence : Unlimited Power (1986), Le Grand Livre de la PNL (2004), L’art véritable du maître coach (2025).


4. La méditation et la pleine conscience

Figures de proue : Jon Kabat-Zinn (MBSR), Thich Nhat Hanh, Matthieu Ricard

Promesse centrale : « Réduire le stress, cultiver la présence, apaiser l’esprit. »

Format : Applications, livres, retraites, formations MBSR.

Prix indicatif : 0 € (application) à 1 500 € (retraite).

Autres figures :Eckhart Tolle, Deepak Chopra, Christophe André, Fabrice Midal, Jack Kornfield, Sharon Salzberg, Tara Brach, Mark Williams, Richard Davidson, Andy Puddicombe.

Œuvres de référence : Full Catastrophe Living (1991), Le Pouvoir du moment présent (1999), L’Art de la méditation (2008).


5. La spiritualité et le développement spirituel

Figures de proue : Eckhart Tolle, Deepak Chopra, Don Miguel Ruiz

Promesse centrale : « Éveiller votre conscience, trouver la paix intérieure, transcender l’ego. »

Format : Livres, retraites, conférences, formations.

Prix indicatif : 20 € (livre) à 3 000 € (retraite).

Autres figures : Louise Hay, Lise Bourbeau, Wayne Dyer, Marianne Williamson, Caroline Myss, Gary Zukav, Neale Donald Walsch, Doreen Virtue, Esther Hicks, Frédéric Lenoir.

Œuvres de référence : Les Quatre Accords toltèques (1997), Nouvelle Terre (2005), Le Pouvoir du moment présent (1999).


6. Le minimalisme et l’organisation

Figures de proue : Marie Kondo, Joshua Fields Millburn et Ryan Nicodemus (The Minimalists)

Promesse centrale : « Simplifier sa vie pour mieux vivre. »

Format : Livres, documentaires, applications, coaching.

Prix indicatif : 15 € (livre) à 500 € (programme).

Autres figures : Fumio Sasaki, Dominique Loreau, Courtney Carver, Leo Babauta, Greg McKeown, Cal Newport, James Clear, Charles Duhigg, BJ Fogg, Nir Eyal.

Œuvres de référence : La Magie du rangement (2011), L’Art de l’essentiel (2014), Minimalisme (2016).


7. La communication et les relations

Figures de proue : Marshall Rosenberg (CNV), Dale Carnegie (Comment se faire des amis), Stephen Covey (Les 7 habitudes)

Promesse centrale : « Améliorer ses relations, communiquer efficacement, résoudre les conflits. »

Format : Livres, formations, ateliers, coaching.

Prix indicatif : 20 € (livre) à 2 000 € (formation).

Autres figures : John Gray, Gary Chapman, Esther Perel, Alain de Botton, Christophe André, Jacques Salomé, Thomas d’Ansembourg, Marshall Goldsmith, Susan Cain, Brené Brown.

Œuvres de référence : Comment se faire des amis (1936), Les 7 habitudes de ceux qui réalisent tout ce qu’ils entreprennent (1989), Les Mots sont des fenêtres (1999).


8. Le développement professionnel et la performance

Figures de proue : Stephen Covey, Brian Tracy, Jim Collins

Promesse centrale : « Réussir sa carrière, atteindre l’excellence, maximiser sa productivité. »

Format : Livres, formations, conférences, coaching exécutif.

Prix indicatif : 20 € (livre) à 5 000 € (programme).

Autres figures : Simon Sinek, Adam Grant, Angela Duckworth, Cal Newport, James Clear, Charles Duhigg, Daniel Pink, Malcolm Gladwell, Tony Buzan, David Allen.

Œuvres de référence : Les 7 habitudes (1989), De la performance à l’excellence (2001), S’organiser pour réussir (2001).


9. Les méthodes thérapeutiques et le bien-être

Figures de proue : Bessel van der Kolk, Alice Miller, Irvin Yalom

Promesse centrale : « Guérir ses blessures, retrouver l’équilibre, se libérer des traumatismes. »

Format : Livres, thérapies, séances, ateliers.

Prix indicatif : 25 € (livre) à 150 € (séance).

Autres figures : Thérèse Jacobs-Stewart, Tara Brach, Kristin Neff, Guy Finley, Ann Smith, Christine Michaud, Frédéric Fanget, Stéphane Allix, Juliette Allais, Daisy Bodin.

Œuvres de référence : Le Corps n’oublie rien (2014), C’est pour ton bien (1980), Thérapie existentielle (1980).


10. Les nouvelles tendances (2020-2026)

Figures de proue : Jay Shetty, Mel Robbins, Gabby Bernstein

Promesse centrale : « Réinventer sa vie à l’ère du numérique, trouver sa vocation, se libérer des attentes. »

Format : Podcasts, vidéos, livres, programmes en ligne.

Prix indicatif : 0 € (contenu gratuit) à 2 000 € (programme).

Autres figures : Jonathan Lehmann, Emily Nicolle, Valérie Motte, Marc Neu, Sabrina Jecker, Nicolas Moalic, Sophie Trem, Lilou Macé, Sonny Court, Mind Parachutes.

Œuvres de référence : Think Like a Monk (2020), The 5 Second Rule (2017), The Universe Has Your Back (2016).


Tous les courants du développement personnel ne se hissent pas au niveau des grandes familles. Certains restent confidentiels, marginaux, ou émergents. Les voici, avec leur promesse et leur figure la plus représentative.

Courant Promesse Figure représentative
Sophrologie Retrouver l’équilibre corps-esprit par la relaxation et la visualisation Alfonso Caycedo
Programmation neuro-linguistique (PNL) Modifier ses schémas mentaux pour changer son comportement Richard Bandler
Analyse transactionnelle Comprendre ses relations par l’analyse des états du moi Éric Berne
Gestion mentale Apprendre à gérer ses images mentales pour mieux penser Antoine de La Garanderie
Énergétique chinoise et qi gong Harmoniser l’énergie vitale pour préserver la santé Maître Lin
Méditation transcendantale Atteindre la paix intérieure par la répétition d’un mantra Maharishi Mahesh Yogi
Développement personnel par l’écriture Se libérer par l’écriture thérapeutique et autobiographique Julia Cameron
Développement personnel par le jeu Apprendre à se connaître par le jeu et l’improvisation Viola Spolin
Développement personnel par la nature Se reconnecter à soi par le contact avec la nature Richard Louv
Développement personnel par l’art Se libérer par la création artistique Natalie Rogers
Développement personnel par le corps Libérer les tensions par le mouvement et la respiration Wilhelm Reich
Développement personnel par la voix S’exprimer et se libérer par la voix Kristin Linklater

Ces courants ne bénéficient pas de la même visibilité que les grandes familles. Ils n’ont pas toujours de best-sellers, de stages à 5 000 €, ou de gourous médiatiques. Mais ils existent, ils ont leurs praticiens, leurs fidèles, leurs promesses. Et ils complètent le panorama.

Tableau récapitulatif

Méthode / Courant Figures de proue Promesse centrale Prix indicatif
Pensée positive / Loi d’attraction Rhonda Byrne, Napoleon Hill, Norman Vincent Peale Attirer l’abondance par la pensée 15 € – 5 000 €
Psychologie positive Martin Seligman, Mihaly Csikszentmihalyi, Barbara Fredrickson Cultiver ses forces pour le bonheur durable 20 € – 2 000 €
Coaching / PNL Tony Robbins, Richard Bandler, John Grinder Libérer son potentiel, transformer sa vie 500 € – 10 000 €
Méditation / Pleine conscience Jon Kabat-Zinn, Thich Nhat Hanh, Matthieu Ricard Réduire le stress, cultiver la présence 0 € – 1 500 €
Spiritualité Eckhart Tolle, Deepak Chopra, Don Miguel Ruiz Éveiller sa conscience, trouver la paix 20 € – 3 000 €
Minimalisme / Organisation Marie Kondo, The Minimalists Simplifier sa vie pour mieux vivre 15 € – 500 €
Communication / Relations Marshall Rosenberg, Dale Carnegie, Stephen Covey Améliorer ses relations, communiquer 20 € – 2 000 €
Développement professionnel Stephen Covey, Brian Tracy, Jim Collins Réussir sa carrière, atteindre l’excellence 20 € – 5 000 €
Thérapies / Bien-être Bessel van der Kolk, Alice Miller, Irvin Yalom Guérir ses blessures, retrouver l’équilibre 25 € – 150 €
Nouvelles tendances (2020-2026) Jay Shetty, Mel Robbins, Gabby Bernstein Réinventer sa vie à l’ère du numérique 0 € – 2 000 €

Conclusion

Cet inventaire ne prétend pas être exhaustif. Il recense les principales méthodes, les figures les plus visibles, les promesses les plus répandues. Il laisse de côté les nuances, les controverses, les résultats des études. Ce n’est pas un guide. C’est un panorama.

Si vous souhaitez poursuivre la réflexion sur le bonheur, sa perception, et ce qui nous empêche de le vivre, voici quelques articles :

  • Le bonheur : une question de perception — pourquoi le bonheur ne se définit pas, et comment le regarder autrement.

  • L’injonction au bonheur : quand le droit devient devoir — comment le bonheur est passé du statut de droit à celui d’obligation.

  • Positivité toxique : pourquoi être heureux à tout prix est une violence — la dictature du sourire et ses effets.

  • Le droit à la mauvaise humeur — la résistance nécessaire face à l’injonction.

  • Carpe diem : injonction ou recette du bonheur ? — cueillir l’instant ou traverser sa vie.

  • Le bonheur n’est pas une destination : Lao Tseu et le chemin — la vision du bonheur comme pratique.

Ces articles ne vous diront pas quoi faire. Ils ne vous vendront pas de méthode. Ils proposent une réflexion. Le reste, c’est vous.

 


Devenir riche en 10 leçons : panorama des méthodes, des figure emblématiques et des promesses

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Introduction : pourquoi cet inventaire ?

Le marché de la réussite financière est florissant. Des millions de livres vendus, des formations à plusieurs milliers d’euros, des coachs, des gourous, des méthodes. Un océan de promesses : « devenir riche en 10 leçons », « liberté financière en 30 jours », « lancer son business sans capital ». Continuer la lecture de « Devenir riche en 10 leçons : panorama des méthodes, des figure emblématiques et des promesses »

Carpe diem : injonction ou recette du bonheur ?

Cueillir l’instant ou traverser sa vie ?


carpe diem, injonction ou recette du bonheur ?Introduction : le slogan qu’on répète sans savoir

« Carpe diem. » Trois mots latins que tout le monde connaît, que tout le monde répète, que tout le monde scande comme une évidence. On les trouve sur des tatouages, des affiches, des citations d’entrepreneurs, des publications Instagram. Ils sont devenus un mot d’ordre du bonheur contemporain. Une formule magique qu’on brandit sans même savoir ce qu’elle signifie vraiment.

Mais que dit le carpe diem ? D’où vient-il ? Et pourquoi est-il devenu une injonction réflexe, un slogan qu’on répète par automatisme, sans mesurer ce qu’il implique ?

Cet article n’a pas pour but de condamner le carpe diem. Il propose de le regarder. De comprendre ce qu’il dit, ce qu’il ne dit pas, et ce qu’on lui fait dire. Car derrière la formule, il y a une philosophie. Et derrière la philosophie, il y a une question qui nous concerne tous : comment voulons-nous traverser notre vie ?


1. L’origine : Horace et l’art de ne pas remettre sa vie à demain

Le carpe diem vient d’Horace, poète latin du Ier siècle avant notre ère. Dans ses Odes, il écrit : « Carpe diem, quam minimum credula postero » — « Cueille le jour, et ne te fie pas au lendemain ».

Le contexte est important. Horace ne dit pas « jouis de l’instant ». Il ne dit pas « consomme, profite, amuse-toi ». Il dit : ne remets pas ta vie à plus tard. Ne fais pas de ton bonheur un projet futur. Ne crois pas que demain sera meilleur. Vis maintenant, parce que maintenant est tout ce que tu as.

C’est une critique de la procrastination du bonheur. Une critique de l’illusion que le bonheur serait ailleurs, plus tard, quand on aura ceci ou cela. Horace est proche, sur ce point, de Lao Tseu et de la vision du bonheur comme chemin. Il dit quelque chose de juste : ne remets pas ta vie à demain.

Mais Horace ne dit pas tout. Il ne dit pas comment vivre. Il ne dit pas ce qu’est une vie bonne. Il dit seulement : ne remets pas à demain. C’est une mise en garde, pas un projet.


2. Le carpe diem contemporain : une injonction réflexe

Aujourd’hui, le carpe diem est devenu un slogan. On le répète comme on répète « sois positif » ou « vis au présent ». Il est dans les publicités, dans les discours de motivation, dans les citations d’entrepreneurs. Il est devenu une injonction.

Et comme toute injonction, il a un effet pervers. Il dit : vis l’instant. Mais il ne dit pas comment. Il ne dit pas pourquoi. Il ne dit pas avec qui. Il ne dit pas pour quoi. Il dit juste : cueille le jour. Et si vous ne le faites pas, si vous êtes triste, si vous pensez à demain, si vous avez peur, alors vous êtes un mauvais cueilleur. Vous n’avez pas compris. Vous n’êtes pas dans le présent.

C’est une injonction contradictoire : sois spontané. Et comme toutes les injonctions contradictoires, elle est un piège visible. On peut en rire. On peut dire : je suis en train de me forcer à vivre l’instant, c’est absurde. Mais le carpe diem peut aussi devenir une injonction négative : tu n’as pas le droit de penser à demain. Tu n’as pas le droit d’être triste. Tu n’as pas le droit de ne pas jouir. Et là, ce n’est plus un piège visible. C’est une négation de l’être.

Le carpe diem est ainsi devenu une injonction pavlovienne : on entend le mot, on acquiesce, on ne réfléchit pas. On le scande par réflexe, comme on scande « sois heureux » ou « positive ». C’est un mot d’ordre confortable : il dispense de penser. Il dispense de construire. Il dispense de se demander ce qu’on veut vraiment, ce qu’on construit, ce qu’on transmet.


3. Le carpe diem trivial : jouir pour soi, dans l’instant

Le carpe diem contemporain, dans sa version la plus triviale, est égoïste et solitaire. Il dit : joue, jouis, consomme, profite. Il ne dit pas : construis, relie, transmets. Il ne dit pas : inscris ta vie dans une durée, dans une histoire, dans une relation.

Le jouisseur du présent peut être entouré, il peut partager des moments, mais chaque moment reste centré sur lui. Ce qu’il recherche, c’est sa propre jouissance. L’autre est un moyen, un décor, un accompagnement. Et après l’instant ? Il y en aura un autre. Ou pas. Peu importe. Ce qui compte, c’est que j’aurai joui.

C’est une posture qui isole. Elle ne construit rien. Elle ne relie rien. Elle ne laisse pas de trace. Elle n’a pas de projet. Elle n’a pas de direction. Elle est une succession d’instants qui ne font pas une vie.

Le carpe diem trivial ne dit pas : traverse. Il dit : cueille. Et cueillir, c’est arracher. On cueille un fruit, on le consomme, et il n’en reste rien. L’instant de jouissance est un prélèvement. Il ne laisse pas de trace. Il ne tisse pas de lien. Il ne construit pas de sens.


4. Le carpe diem n’est pas le chemin

Le carpe diem dit : cueille l’instant. Le chemin dit : traverse. Le carpe diem isole : il jouit pour soi, dans l’instant, sans construire ni relier. Le chemin relie : il inscrit l’instant dans une durée, dans une histoire, dans une relation.

Le chemin est un projet de vie. Pas un plan rigide, pas un objectif à atteindre. Un projet au sens existentialiste : une projection dans l’avenir, une direction, une manière de se rapporter au temps et aux autres. Le chemin n’est pas une collection d’instants. C’est une traversée. Et une traversée implique un lien : entre les étapes, entre les moments, entre les personnes.

Le carpe diem peut être une respiration sur le chemin. Il ne peut pas être le chemin lui-même. On peut cueillir un fruit en marchant. On ne peut pas marcher en ne faisant que cueillir.

Un projet de vie, c’est-à-dire :

  • Une continuité : ce que je fais aujourd’hui a un lien avec hier et avec demain.

  • Une direction : je ne sais pas où je vais exactement, mais je sais que je vais quelque part.

  • Une relation : je ne marche pas seul. Même seul, je marche parmi les autres. Je suis traversé par des rencontres, des influences, des héritages. Et ce que je construis, je le construis pour d’autres aussi — ne serait-ce que par l’exemple, par la trace, par la transmission.

Le carpe diem, lui, ne relie pas. Il ne construit pas. Il ne transmet pas. Il consomme.


5. Pourquoi le carpe diem est si populaire

Le carpe diem est populaire parce qu’il est facile. Il ne demande rien. Il ne demande pas de construire, de s’engager, de durer. Il demande juste de saisir l’instant. Et l’instant, c’est maintenant. L’instant, c’est soi. L’instant, c’est facile.

Le carpe diem est aussi populaire parce qu’il évite la question du projet. Il évite la question du sens. Il évite la question de l’autre. Il dit : vis l’instant. Et l’instant, c’est tout ce qu’il y a. Pas besoin de se demander ce qu’on construit, ce qu’on transmet, ce qu’on laisse. Pas besoin de se demander si sa vie a une direction, une continuité, une relation.

C’est une philosophie de l’immédiateté. Une philosophie qui correspond parfaitement à une société de consommation qui valorise l’instant, la jouissance, l’expérience immédiate. Une société qui dit : consomme, jouis, profite. Et le carpe diem, dans sa version triviale, est le slogan parfait de cette société.

Mais le carpe diem n’est pas faux. Il est incomplet. Il dit quelque chose de juste : ne remets pas ta vie à demain. Mais il ne dit pas l’essentiel : traverse, relie, construis.


6. Ni carpe diem, ni procrastination : le chemin

Le carpe diem dit : ne remets pas ta vie à demain. C’est une bonne mise en garde. Mais il ne dit pas quoi faire de ta vie. Il ne dit pas comment la traverser. Il ne dit pas avec qui.

Le chemin, lui, dit : traverse. Ne remets pas ta vie à demain, mais ne la réduis pas à l’instant. Inscris-la dans une durée. Relie les moments. Construis un sens. Transmets. Sois en relation.

Le bonheur n’est ni un accomplissement à atteindre, ni une collection d’instants à consommer. C’est une traversée. Une manière de marcher, avec ses haltes, ses détours, ses paysages, ses rencontres. Une manière de vivre qui inclut l’instant, mais qui le dépasse.

Le carpe diem peut être une halte sur le chemin. Il ne peut pas être le chemin. On peut s’arrêter pour cueillir un fruit. On ne peut pas passer sa vie à cueillir des fruits sans jamais marcher.


7. Que faire du carpe diem ?

Le carpe diem n’est pas à jeter. Il est à situer. Il dit quelque chose de juste : ne remets pas ta vie à demain. Mais il ne dit pas tout. Il ne dit pas comment vivre. Il ne dit pas pourquoi vivre. Il ne dit pas avec qui vivre.

Le carpe diem peut être une respiration. Un rappel. Une invitation à ne pas tout remettre à plus tard. Mais il ne peut pas être un projet. Il ne peut pas être une direction. Il ne peut pas être une vie.

Alors, cueillir ou traverser ? La question n’est pas de choisir. La question est de savoir si l’on veut une vie faite d’instants juxtaposés, ou une vie faite d’une traversée. Une vie qui a un sens, une direction, une relation. Une vie qui n’est pas seulement une succession de jouissances, mais une histoire.


Conclusion : le carpe diem est une halte, pas un chemin

Le carpe diem est une invitation à ne pas remettre sa vie à demain. C’est une bonne invitation. Mais elle ne suffit pas. Elle ne dit pas comment traverser sa vie. Elle ne dit pas ce qu’on construit. Elle ne dit pas ce qu’on transmet.

Le carpe diem isole. Le chemin relie. Le carpe diem jouit. Le chemin traverse. Le carpe diem consomme l’instant. Le chemin inscrit l’instant dans une histoire.

Le carpe diem peut être une halte sur le chemin. Il ne peut pas être le chemin. Et c’est peut-être cela qu’il faut retenir : cueillir le jour, oui. Mais pour mieux traverser sa vie.


FAQ

Le carpe diem est-il une philosophie de vie ?

Le carpe diem est une mise en garde, pas une philosophie de vie complète. Il dit : ne remets pas ta vie à demain. Mais il ne dit pas comment vivre, pourquoi vivre, ni avec qui vivre. Il peut être une halte sur un chemin, pas le chemin lui-même.

Quelle est la différence entre carpe diem et épicurisme ?

L’épicurisme est une philosophie complète, qui propose une vision du monde, de l’amitié, du plaisir et de la mort. Le carpe diem est une formule, une invitation à ne pas remettre sa vie à plus tard. L’épicurisme relie, le carpe diem isole.

Le carpe diem est-il une injonction ?

Oui, dans sa version contemporaine. On le scande par réflexe, comme on scande « sois positif ». Il est devenu un mot d’ordre pavlovien, un slogan qu’on répète sans y penser. C’est cette injonction que l’article propose de regarder.

Pourquoi le carpe diem isole-t-il ?

Parce qu’il ne construit rien. Il ne relie rien. Il ne transmet rien. Il consomme l’instant pour soi, sans projet, sans direction, sans relation. Il est une succession d’instants qui ne font pas une vie.

Le carpe diem est-il compatible avec le bonheur comme chemin ?

Oui, comme halte. Le carpe diem peut être une respiration sur le chemin. Il ne peut pas être le chemin lui-même. On peut cueillir un fruit en marchant. On ne peut pas marcher en ne faisant que cueillir.

Faut-il rejeter le carpe diem ?

Non. Il dit quelque chose de juste : ne remets pas ta vie à demain. Mais il est incomplet. Il faut le situer : une halte, pas un projet. Une respiration, pas une direction.


Pour aller plus loin

  • Le bonheur : une question de perception — l’article pilier sur la perception du bonheur.

  • Le bonheur n’est pas une destination : Lao Tseu et le chemin — la vision du bonheur comme pratique.

  • L’injonction au bonheur : quand le droit devient devoir — comment le bonheur est passé du statut de droit à celui d’obligation.

  • Positivité toxique : pourquoi être heureux à tout prix est une violence — la dictature du sourire et ses effets.

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La menace algorithmique : ce qu’eBay m’a appris

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L’histoire

J’étais vendeur sur eBay. Pas un vendeur occasionnel : un vendeur installé, avec un volume significatif, inscrit dans la durée. 500 articles en ligne, pour une valeur d’environ 7 000 €. Mon statut « Top Fiabilité » témoignait de la régularité de mes transactions, de la satisfaction de mes clients, de la qualité de mon service. Continuer la lecture de « La menace algorithmique : ce qu’eBay m’a appris »

Les 80 % abandonnés : votre opportunité

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Le constat

Il existe un chiffre qui devrait intéresser tout entrepreneur individuel. Un chiffre que personne ne mentionne dans les formations en ligne, dans les guides de business, ni dans les conférences sur l’entrepreneuriat.

80 %.

Ce chiffre, c’est la part des produits que la production de masse abandonne structurellement. Non pas parce qu’ils sont mauvais. Non pas parce que personne ne les veut. Parce qu’ils ne sont pas assez rentables pour elle. Continuer la lecture de « Les 80 % abandonnés : votre opportunité »

L’estime de soi

Pour décider de quoi que ce soit, il faut se sentir capable de porter cette décision, la responsabilité qu’elle nous fait endosser, les conséquences qui nous toucheront.

S’il est une chose qui nous manque cruellement, c’est l’estime de nous même.

Ce manque d’estime de soi se manifeste par toutes sortes de réactions ou de comportements. Continuer la lecture de « L’estime de soi »

Les croyances et les certitudes

C’est notre expérience qui valide nos savoirs.

Les croyances et les certitudes - Développement personnelDe ce fait, notre expérience renforce nos croyances jusqu’au jour où ces croyances deviennent des certitudes.

Les certitudes sont profondément enracinées. Il nous devient alors très difficile de croire ce que nous voyons. Dans les faits il nous est impossible d’assimiler une information qui n’est pas compatible avec nos certitudes et nos croyances.

Nous inventons des mécanismes de défense pour empêcher ces informations de nous perturber : Continuer la lecture de « Les croyances et les certitudes »